Naissance d'Hamlet d'Anne Cuneo, mise en scène de Michel Toma et Sophie Gardaz

 

 
 

L'escrime à l'époque de Shakespeare

  • Entre la fin du l6e et le début du 17e siècle, coexistent 5 système ou écoles d'escrime en Europe :

- L'école espagnole, presque occulte, est tenue le plus possible secrète par ses maîtres d'armes.

- L'école allemande des Marxbrüder et Federfechter, qui tente d'adapter les techniques médiévales aux nouvelles armes plus légères.

- L'école française, qui n'a pas encore commencé à se faire remarquer et qui n'existe pratiquement pas dans la littérature d'escrime.

- L'école anglaise, qui prône une escrime de taille avec des épées plus courtes et lourdes et le bouclier.

- L'école italienne, qui utilise des rapières, des épées avec une lame longue et fine et une protection de la main en forme de panier. Elle développe les liens avec les sciences comme les mathématiques, se fonde sur l'escrime d'estoc et découvre l'escrime en opposition.


L'école italienne était certainement la plus populaire des cinq. Ses maîtres d'armes se font inviter dans toutes les capitales et grandes villes d'Europe et influencent de ce fait l'évolution de l'escrime de manière décisive.

L'ouvrage de Giacomo di Grassi, «Ragione di adoprar sicuramente l'arme si da offesa, come da difesa (Venetia, 1570)», a été traduit en anglais et édité à Londres en 1594 en tant que «Di Grassi his true Art of Defence (London, 1594)». Et le maître italien Vincentio Saviolo s'installa à Londres à peu près à la même époque et ouvrit une école. Il publia en l595 «Vincentio Saviolo, His practise, in two books; the first intreating of the use of the Rapier and Dagger, the second of honour and honourable quarrels.»

Les anglais développent un véritable engouement pour cette nouvelle arme. Très agacé, le maître anglais Georges Silver publia en 1599 «The Paradoxe of Defence», délibérément inspiré du traité de Saviolo, où il loua les vertus de l'escrime anglaise et tenta de démonter point par point la technique italienne.

Shakespeare avait certainement des notions d'escrime de l'école italienne, comme une partie de ses spectateurs d'ailleurs. En 1596 à Londres, James Burbage, grand acteur et père de Richard (acteur fétiche de Shakespeare), loua une salle d'escrime près de l'ancien monastère des dominicains et l'employa pour le Blackfriars Théâtre.- Ses associés de l'époque étaient John Hemmings, Henry Condell, William Sly, et William Shakespeare (C. Turner et T. Soper, Méthodes et pratique de l'escrime éli- sabéthaine ; Carbondale, 1990).

Il était aussi au fait du rôle joué par les mathématiques dans la théorie de l'escrime italienne. Dans Roméo et Juliette (Acte III, Se. L), Mercutio, mourant, commente : «Un crâneur, une brute, un lâche qui se bat d'après le trai­té d'arithmétique !»

Naissance d'Hamlet

Ma première idée était de jouer sur la concurrence entre les maîtres anglais et italiens et de créer un combat mettant en opposition les deux styles. Mais Shakespeare dit dans son texte : «Osric brings forward some four or five foils ; Laertes takes one and makes a pass or two» et plus tard : «He (Laertes) goes to the table and brings from it the poisoned and unbated rapier.» Ces deux indications précisent qu'il y aura un assaut avec des armes légères et sans bouclier.

A la base, l'affrontement est un duel courtois avec des armes émoussées. Chaque tireur a un arbitre attitré qui observe l'assaut avec l'épée à la main. Son rôle est moins de compter des points que de protéger son combattant contre des coups irréguliers qu'il est sensé intercep­ ter avec sa lame. Laërtes ne peut commettre sa traîtrise qu'avec le soutien d'Osric, son arbitre. Même blessé, Hamlet croit encore à l'accident et se met en colère contre la maladresse de Laërtes. C'est à la fin du duel qu'il comprend l'envergure du complot.

Michael M. Hewer

©Cie.STICS 2005